CITATION
le Quotidien
Youssef Zouaoui : «Les Verts nous cachent peut-être une surprise !»
Les amateurs de déclarations tapageuses et d’aveux à sensation en seront pour leurs frais. L’entraîneur du Club Africain, coleader en Ligue 1, veut en effet rester à égale distance de la discrétion et de la confiance, de l’optimisme et du réalisme, en ne reniant ni l’un ni l'autre. On est ainsi à mille lieux du ton désinvolte de certains techniciens qui se croient dépositaires d’une nouvelle théorie des origines du monde, sinon de la science infuse.
Youssef Zouaoui mesure tout le chemin fait depuis la fin du mois de juin lorsqu’il prit en main les Rouge et Blanc faisant sa réapparition au Parc Mounir Kebaïli. «Peut-être que tout n’est pas encore à cent pour cent. Mais les victoires glanées ont le don d’installer la confiance, la sérénité et de créer une bonne ambiance. Cela n’empêche que nous devons continuer à travailler. Notre mérite est celui d’avoir réussi deux succès dans des matches-piège, surtout le premier face à l’ESZ, détenteur de la Coupe. Nous dûmes par la suite aller défier sur son terrain une équipe hautement technique, sur une pelouse médiocre. Les cinq dernières minutes contre la JSK auraient pourtant pu nous coûter cher par défaut de concentration».
Là où on se convainc que Zouaoui ne se laisse pas griser par cette réussite guère évidente, si l’on tient compte de la morose intersaison vécue par le CA au niveau de ses structures (un président qui tient à partir, aucun candidat à la succession ne se manifeste, une assemblée générale renvoyée aux calendes grecques, des finances à sec, ce qui empêche de mettre sur pied un stage à l’étranger…), c’est quand il arrondit les angles et tente de relativiser: «Oui, la manière tarde à venir, j’en conviens. Mais n’oubliez pas qu'il faut être à deux pour assurer le spectacle. Je considère d’ailleurs que le foot, c’est du spectacle. Aujourd’hui, apprenons néanmoins à gagner, le reste viendra par la suite. Regardez ce qui se passe en Equipe nationale. Sans sortir un grand match face au Kenya, mercredi dernier, nos internationaux se qualifient pour la phase finale de la CAN et Lemerre est le premier à s’en féliciter, du moment où ses joueurs ont pu assurer l’essentiel», rappelle-t-il, insistant sur certaines valeurs sans lesquelles il ne peut y avoir de réussite : «Mes joueurs doivent apprendre dans l’enthousiasme, le bien être et le plaisir. Ils doivent sentir du plaisir et cette essentielle soif d’apprendre en allant aux entraînements et non pas pour y faire un simple acte de présence. Mon message auprès de mes poulains consiste à les inviter à nous attaquer ensemble aux insuffisances afin d’éliminer autant que faire tout peut les lacunes. Si au bout de douze matches, tu obtiens douze victoires, il te devient difficile de t’apercevoir de tes points faibles».
* Examen de maturité
L’ancien entraîneur national (1984 puis en 1994) avoue avoir trouvé chez ses joueurs une belle entente, même s’il insiste que cela n’était guère évident si l’on considère que l’ambiance au sein d’un club englobe plusieurs aspects : relations entre joueurs eux-mêmes, entre joueurs et dirigeants, avec l’entraîneur… «En début de saison, j’ai cherché à faire comprendre à mes joueurs que chacun d’eux peut trouver une excuse pour tout justifier s’il n’est pas payé et qu’il pouvait par conséquent se cacher derrière l’alibi des problèmes traversés par le club. Seulement, en fin de compte, lorsque la situation se normalise et que tout rentre dans l’ordre, ce sont ces mêmes joueurs qui sortent grands perdants de cette épreuve de vérité, de cet examen de maturité, de ce test de conscience parce qu’ils ont tenu une attitude négative. Il est en tout cas heureux de constater que, la victoire aidant, mes joueurs ont su tenir une attitude correcte et responsable», se félicite Zouaoui.
Le calendrier de ce début de saison n’aurait-il pas aidé à arranger les choses, le CA héritant objectivement d’une entame bien commode. «Ah, parce que vous considérez Zarzis et Kairouan faciles à jouer, s’exclame-t-il. Regardez contre quels clubs sont tombés l’Espérance, le ST puis l’Etoile SS. Au départ, tout le monde est logé à la même enseigne et les avantages théoriques s’annulent. Et puis, n’oubliez pas que cette saison, nous ne l’avions pas préparée dans les meilleures conditions. En retournant le problème et en supposant que notre calendrier nous aurait proposé des débuts face aux grands, l’ambiance aurait peut-être changé, et tout le monde au sein du club se serait mobilisé parce qu’il aurait considéré que le derby est là, que tel classique approche à grands pas…», s’enflamme Zouaoui que nous avons senti se méfier comme de la peste du prochain adversaire en Ligue 1, le CS Hammam-Lif, ce soir à El Menzah.
«N'oubliez pas d’abord que nous sommes au cœur du mois d’août et que la chaleur peut s’avérer un lourd handicap, d’où le choix d’un coup d’envoi tardif (19h) ce soir contre les Verts . J’ai d’ailleurs demandé à mes joueurs de nous méfier de ce qui nous attend devant des Hammam-Lifois habitués à remonter la pente après deux défaites de rang. Ce match n’est pas gagné d’avance par le simple fait que l’on joue à El Menzah. De plus, les deux défaites ne représentent guère un baromètre de l’état de santé des Boukorninois qui composent un nouvel effectif soucieux de progresser. Dans les micro-cycles, aux entraînements, je comprends déjà si mes joueurs sont suffisamment avertis, s’ils ont perçu le message. Je n’ai pas besoin d’attendre le jour du match pour cela».
Zouaoui met de la sorte une saine pression sur les siens. La méthode, qui n’est pas à vrai dire nouvelle, a jusque-là largement fait ses preuves.
S.R.